Un peu de sens dans un monde de brutes

Un peu de sens dans un monde de brutes
Photo de Tiago Muraro sur Unsplash

A travailler dans le numérique (notez que je n'ai pas dit "le digital" ☝️), on oublie parfois que ces mondes virtuels ne sont pas acquis pour tout le monde.

Il me suffit pour cela de franchir le pas de ma porte, littéralement, et de sonner chez Huguette, ma voisine aux bientôt 80 printemps. En l'occurrence, c'est plutôt elle qui toque à ma porte : "Mathieu, pouvez-vous m'aider ? J'aimerais aller sur Doctolib".

J'aime bien rendre service, et j'aime bien Huguette, alors "En avant Guingamp !" Faire ou bien lui apprendre à faire ? Couper la poire en deux et installer l'application pour elle, parce que ce n'est pas la chose qu'elle fera le plus fréquemment, mais la guider pour prendre rendez-vous avec son médecin généraliste. Ainsi, elle sera plus autonome et pourra se vanter de surfer le Web auprès de ses copines.

Une réelle appréhension de sa part, mais la surprise d'y être arrivée sans grande difficulté 😊

Qu'en déduire ? Je ne sais pas…

Le sentiment, peut-être, d'avoir été utile, autant — sinon plus — que lorsque j'enseigne la programmation fonctionnelle à des étudiants, qui sont à l'opposé d'Huguette sur le spectre du numérique.

Le rappel, aussi et s'il en était encore besoin, que les ordinateurs sont là pour faciliter notre quotidien. Huguette ne voulait pas aller sur Doctolib, elle voulait prendre rendez-vous avec son médecin. L'informatique n'est pas une fin en soi.

Le rappel, donc, que nos visions du monde, la façon dont nous l'appréhendons elle et moi, sont très différentes et complémentaires. Huguette ne fait pas ses courses sur Internet, pourtant son monde n'est pas moins beau et riche que le mien. Car qu'est-ce qui compte, au fond ? Je vous laisse le soin de répondre. Ainsi, ces mondes virtuels qui font notre quotidien m'apparaissent tout d'un coup très… relatifs.

Plus largement, cette anecdote est une illustration parmi d'autres de ce que l'on appelle la "fracture numérique". Quel sens y aurait-il à développer des trésors d'ingéniosité si c'est pour laisser nos aînés sur le bord de la route ? Tiens, cela me rappelle un slogan de la SNCF :

Le progrès ne vaut que s'il est partagé par tous.

Slogan qui, avant d'être celui de l'entreprise ferroviaire publique française, fut une citation d'Aristote.

L'évidence qu'il y a des choses à faire se conjugue à l'envie personnelle d'entreprendre à nouveau. Oh, je sais, personne n'attend Mathieu Eveillard pour cela : on parle déjà de "silver economy". Je vous livre cette anecdote car elle fait écho à des considérations personnelles bien plus anciennes : l'importance du lien, notamment intergénérationnel, et l'envie, le besoin irrépressible de faire des choses qui aient du sens. À nouveau : on ne fait pas de l'informatique pour l'informatique.

Mais oui, quoi : un peu de sens dans un monde de brutes !

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